06/05/2010

Les polices se marchent sur les pieds (Le Temps, Yves Petignat), ou quel avenir pour les polices cantonales ?

"Avec l'accord Schengen le rôle des gardes-frontières prend toujours plus d'importance."

Selon un article du journal Le Temps, depuis l'entrée de la Suisse dans l'espace Schengen, en décembre 2008, et la suppression du contrôle automatique aux frontières, on croise les voitures de patrouille bleues des gardes-frontière jusqu'au cœur de la Suisse.

Dans plusieurs cantons, ces agents peuvent verbaliser des conducteurs en infraction, procéder à des arrestations de suspects en vue d'une remise à la police. Faut-il craindre la réapparition insidieuse d'une "police fédérale de sécurité" ?

Cet article, succinctement résumé ci-dessus, a le mérite de poser la bonne question dans un contexte trouble sur les missions et les tâches de l'armée, en regard des polices cantonales.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e67184e6-5885-11df-b657-eeefaea2bba8/Les_polices_se_marchent_sur_les_pieds

Ce que l'on constate immédiatement, ce sont deux choses : 

  • La recherche de la détention du pouvoir d'autorité et des tâches de police est de plus en plus disputée, soit par des privés, soit par la grande muette qui cherche encore sa place nouvelle dans une société en perpétuelle démilitarisation . A travers cette course, il y a des intérêts financiers pour les privés, avec un marché qui, s'il s'ouvrait, offrirait de belles opportunités. Pour d'autres, qui nous regardent de la Berne fédérale, la recherche de la détention du pouvoir, de l'autorité et du contrôle policier du pays ne sont probablement que des aspirations qui doivent servir des ambitions personnelles ou corporatistes.   
  • L'obtention de ces pouvoirs d'autorité et de police ne sont que le dessin d'un brouillon sur la main mise sécuritaire de armée sur les cantons, pourtant souverains sur leur territoire, et qui ne cherche qu'une chose, éviter le démantèlement d'un corps armé qui ne peut pas se permettre de rester sur le bord de la route à travers la réorganisation d'une profession qui ne devra jamais perdre sa légitimité, accords de Schengen ou pas.

A Genève, nous retrouvons ce schéma, avec des privés omniprésents, l'émergence de polices municipales, la gourmandise d'une police de la sécurité internationale et des gardes-frontière rattachés à la spécificité géographique de notre canton.

  1. Les privés sont en attente, la délégation de tâches de police représenterait une manne financière importante sur le marché saturé de la sécurité privée.
  2. La police municipale était statutairement insuffisamment implantée dans le paysage genevois, ceci a été corrigé législativement, mais l'appétit de certains élus communaux pourrait porter atteinte à cette police de proximité qui serait alors prioritairement engagée dans du maintien de l'ordre et des tâches de police judiciaire pour lesquelles ces agents ne disposent pas de toutes les prérogatives administratives et légales.
  3. La PSI n'a été qu'un projet policier embryonnaire, car avoir créé une police dans la police a été une grande erreur lors de l'instauration de cette entité. Des choix politiques, voire hiérarchiques, qu'il faut assumer aujourd'hui alors que les agents de ce corps aspirent encore aux promesses non tenues, car trop liées au démantèlement du cahier des charges de ce corps pourtant rattaché à des missions et des fonctions spécifiques.
  4. Le corps des gardes-frontière (Cgfr) s'est éloigné des frontières tout en restant encore sur les axes qui mènent à celles-ci, une présence heureuse pour une mission que la police cantonale ne peut plus assurer pleinement dans une région atypique géographiquement. Par contre, la délégation complète que quelques tâches aux employés fédéraux n'a pas résolu le principal problème lié à la finalité de leurs interventions, soit des remises police.

Car sur ce sujet, le véritable débat doit se situer à ce niveau. En parlant des privés, des polices municipales, des agents de la PSI, du Cgfr,  il demeure un mode de fonctionnement qui n'est déjà pas en adéquation avec les disponibilités de la police cantonale, les remises police.

Depuis des années nous travaillons ainsi, alors que tous les acteurs de la réorganisation de la police cantonale veulent lutter contre la montée des tâches administratives, alors que les policiers doivent retrouver le terrain perdu, alors que le nouveau code de procédure pénal arrive à grand pas, avec des contraintes légales et d'investigations encore plus grandes limitées par le facteur temps, il n'est pas possible d'envisager l'avenir ainsi. La police judiciaire et la gendarmerie ne doivent pas devenir les rédacteurs d'actes de police que d'autres ne peuvent pas assumer, assurer.

Nous demandons depuis des mois une redistribution des cahiers des charges de chaque entité, à travers la mission accomplie et la tâche qui en résulte, afin d'éviter des remises police, des doublons, afin aussi d'optimiser le capital humain disponible, pour que cesse cet engrenage administratif et législatif qui vient nuire au bon fonctionnement de nos institutions, et par là même à la sécurité publique de notre population.

Il y a la police, il y a le métier de policier, il y a des professions liées à la sécurité, il y a des fonctions rattachées à la sécurité, il y a des organisations ou des associations attentives à la sécurité, il y a des choix à faire afin que nous disposions enfin d'une vision claire du paysage sécuritaire que veulent nos élus, qu'attendent nos policiers, que réclament indirectement notre population et qui devront aussi répondre aux attentes de nos partenaires, pour ne plus se marcher sur les pieds, et visiblement ce problème est national.

                                                                                                                                                     Minet

Complément d'information tombé après la rédaction de ce mot, comme quoi ;

http://www.tdg.ch/actu/suisse/armee-maurer-ne-faire-guerr...

Commentaires

Oui, je vous l'accorde, la situation est loin d'être claire ! J'aurais cependant aussi aimé que vous vous prononciez sur l'idée du MCG de rajouter une couche de confusion en demandant à l'armée de suppléer le CGFR à la couverture des frontières !

Écrit par : Jean-Bernard Busset | 06/05/2010

Pour l'instant les mafieux de tous pays présent en surnombre dans le canton, se frottent les mains et rigolent!

On voudrait les favoriser qu'on ne s'y prendrait pas autrement!

Écrit par : dominiquedegoumois | 06/05/2010

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