20/04/2010

La vie d'un policier ne vaut qu'un arbre sur lequel les responsabilités étatiques ne vont pas rester, telles des "feuilles mortes".

Le suicide malheureux de Markus Reinhardt est une affaire classée.  

http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/31969741

Le Temps et le journal 20minutes en parlent un peu, et pourtant personne n'est choqué par les conclusions de la sous-commission de gestion qui a élaboré le rapport d'enquête.

Certes, il faut laisser le passé en paix :

Certes, il faut regarder vers l'avenir :

Certes, il ne faut pas oublier de tirer les leçons de cette affaire :

Mais après.  

Les ministres Martin SCHMID et Barbara JENOM STEINER ont essuyé quelques critiques. Le gouvernement ne s'est pas rendu compte de l'ampleur du problème d'alcool du commandant grison. Les deux ministres précités auraient dû être plus fermes et ont manqué d'esprit de décision. Ces remarques ont été acceptées et un arbre va être planté en souvenir de l'affaire Reinhardt.

Presque un happy end. Nous ne le voulons pas.

Les policiers de ce pays, car la Suisse n'est plus un havre de paix depuis bien longtemps, sont concernés par ces problèmes de dépendances, de déviances, de maladies bien souvent issues du "Police trauma syndrome", du simple argoulet au cadre supérieur, nul n'est à l'abri. De simples complications personnelles ou familiales peuvent rapidement, avec le stress professionnel en sus, plonger rapidement n'importe quel collaborateur dans cette problématique importante, voire grave.

http://www.ipageneve.ch/1police_syndrome.pdf

La responsabilité de l'employeur est grande, car à travers la santé au travail, ce sont également les conditions imposées dans l'exercice de nos fonctions qui sont visées, mais également le suivi nécessaire de l'employeur des personnes atteintes dans leur santé, du premier degré de la maladie avec ses symptômes vicieux, jusqu'au burn out qualifié de grave et parfois malheureusement fatal.

À Genève une cellule sociale existe à la police, elle est active, mais il faut lui donner plus de moyens pour lui permettre de s'impliquer plus encore, tout comme les collaborateurs concernés doivent s'annoncer pour obtenir un soutien, une aide, même parfois une simple écoute, sans craindre d'être mis au pilori par nos hiérarchies.

Malheureusement, la politique actuelle ne privilégie pas cette santé au travail. Alors que la pénibilité du travail de nuit n'est pas reconnue à Genève, que nos horaires deviennent de plus en plus aléatoires, que notre temps de travail s'allonge, que notre âge de la retraite recul, nous rentrons visiblement dans une période dite du travail à l'appel, ce qui est fondamentalement une catastrophe sociale, familiale et professionnelle à la lecture des effectifs en présence.

De toujours plus demander à un personnel bien souvent dans un grand désarroi, en manque de reconnaissance, stressé au quotidien, avec si peu d'écoute et trop peu de valeurs rassurantes sur l'avenir, qui ne comprend plus ses missions, c'est conduire les plus faibles vers le gouffre d'une dépression sournoise, mais terrible à remonter. Elle passe par divers étapes, raison pour laquelle c'est en amont que la consommation abusive d'alcool, ou de substances, doit être identifiée, maîtrisée, accompagnée, solutionnée. 

Nous pensons que la vie d'un homme n'a pas de prix, alors que la responsabilité de l'employeur en a un. Il est moral et nécessaire afin que nos élus prennent en compte ce sujet en adoptant une vision emphatique de ces problèmes, dont les causes sont connues, du simple débriefing qui n'a pas été effectué sur un incident marquant au comportement inadéquat d'une hiérarchie trop souvent mise sous une pression politique inconsciente des nécessités de nos métiers.

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

C'est donc Minet qui tient la tête d'affiche avec un billet publié sur juste avant minuit. Walter Schlechten a beaucoup fait parlé de lui ces dernières années en tant que président de l'Union du personnel du corps de police. Dans son blog, il a manifesté une liberté de ton qui contraste avec le mutisme de la plupart des autres fonctionnaires, sauf ceux peut-être qui expriment leur avis sous couvert d'anonymat. Mais y en a-t-il? Que pensent-ils au demeurant
d'un projet à l'étude au sein de la Tribune de supprimer l'anonymat des blogs et des commentaires? Si Minet est devenu le chouchou de Mabut, d'autres aimeraient ne plus le lire. Ses collègues sont las de lire les commentaires débiles qui suivent les articles de Minet. C'est toujours l'effet inverse de celui qui est escompté qui prévaut avec ce genre d'article pleurnicheur. Que le prochain président des policiers ait un égo moins grand que celui de Minet et surtout qu'il soit plus productif. Signé : un autre fonctionnaire qui a autre chose à faire de ses journées que de s'amuser sur les blogs de la Tribune de Genève.

Écrit par : FonctionnaireDF | 20/04/2010

@Minet (après relecture)
Intéressant ton texte, même si je n'ai pas vraiment saisi la direction que tu veux bien donner à ton titre. Ce qui est intéressant à plus d'un titre, c'est le fait de parler du suicide de M. Reinhardt ainsi que de l'arbre planté pour prolonger sa mémoire. Personnellement je ne suis pas pour ce symbole dans ce cas précis, mais laisse volontiers les grisons "jouer" sur cette émotion étatique. Tu dis que le gouvernement ne s'est pas rendu compte de l'ampleur du problème d'alccol du Commandant Reinhardt. Je pense plutôt le contraire et que cela faisait partie du décor en haut lieu. Chez ces gens là, Monsieur,.......(Brel). Mais il y a l'autre, Monsieur, qui fait ses petites affaires en silence...comme nous autres policiers de la base. Mais ces gens-là, Monsieur, ils n'y voient que du feu ou font mine de ne rien voir. Ces gens-là, Minet, ce sont les Commandants des Gendarmerie qui se taisent ou excusent les conneries que font les alcooliques......Eh oui, Minet, désolé, la mort du Commandant Reinhardt ne m'a pas plus ému que la mort d'un collègue qui se suicide dans l'anonymat complet des ses supérieurs hiérarchiques. Et là, il n'y pas d'arbre planté !

Écrit par : lappal | 20/04/2010

"Nous pensons que la vie d'un homme n'a pas de prix, alors que la responsabilité de l'employeur en a un."

Exact et c'est bien là le problème. L'employeur cherchant à tout prix des économies, la santé des employés ne peut qu'aller en se dégradant.

Exemples: la France, avec France Télécom, et d'autres entreprises privées ou étatiques. Je me suis laissé dire qu'il y avait pire que FT... (en termes de pourcentages).

Écrit par : Johann | 20/04/2010

Dans le secteur du privé de nombreux travailleurs se suicident car ils n'en peuvent plus de la pression constente faite par leurs chefs et ne trouvent aucune porte de sortie.

Il faut lutter contre le suicide au travail dans sa globalité,sans quoi on creusera encore un peu plus le faussé qui sépare ces deux classes de travailleurs.

Cela doit être un combat commun entre les salariés du publique et du privé pour qu'il soit efficace.

Bien à vous..

Écrit par : M.U.R | 20/04/2010

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