09/11/2009

Halte à l'inertie politique en matière de sécurité.

Face à l'inertie du monde politique pour prendre en mains les véritables problèmes sécuritaires de notre canton, il est temps de remettre l'église au milieu du village. De prôner à tout va une réorganisation statutaire de la police ne va en aucun cas améliorer la situation opérationnelle. Les priorités sont ailleurs.  

Analyse de la situation.

Quels sont les véritables problèmes qui empoisonnent Genève ? Pour moi il y a quatre points forts sur lesquels nous devons nous concentrer.

Premièrement, le trafic de drogue. Qu'il soit en rue où caché, Genève ne doit plus rester le centre névralgique de ce trafic pour la région franco-valdo-genenoise. Certes, la demande est là, mais l'offre est aussi sur le marché. Cocaïne, héroïne, drogues synthétiques ou haschich, tout y est. La lutte contre cette économie grise doit être intensifiée. Si notre position géographique est souvent un atout pour notre cité, elle l'est en revanche beaucoup moins dans ce combat. Pour cette raison, tous les services concernés doivent être associés à ce programme. Cela va de la prévention à la répression, même si actuellement nous souffrons d'un manque cruel d'effectifs, il nous faudra nous unir. Ce thème doit être traité en urgence, la drogue tue et déstructure socialement une société.

Deuxièmement, la sécurité publique.Par ce terme je pense à tous les délits de rue, vol, vol à la tire, agression, racket, cambriolage, menace, dommage à la propriété, mais aussi émeute. Si pour la plupart des maux l'on peut avoir rapidement une très forte influence sur ceux-ci par une présence policière accrue, tout comme pour le trafic de drogue en rue, il n'en demeure pas moins que la position de la Genève internationale fera que nous resterons un lieu de rassemblement, de manifestation, de contestation. La liberté de manifestation doit être garantie, sous réserve que les conditions cadres de sécurité soient réalisées. Mais ce dont il faut être conscient, c'est que si la gendarmerie genevoise est très bien formée en maintien de l'ordre, les effectifs insuffisants de notre corps ne nous permettent pas d'assumer cette importante tâche sans renfort, ni sans effectuer des heures supplémentaires. La solution passe donc irrémédiablement par une augmentation des effectifs de la gendarmerie. Dans un premier temps, la Police de Sécurité Internationale pourrait être formée au maintien de l'ordre, afin de déjà venir compléter nos rangs, mais ce n'est qu'une roue de secours, car le cahier des charges de ce corps est déjà bien rempli. Ce qui est certain, c'est que d'abandonner la voie publique à des sociétés privées de sécurité est une erreur  politique incommensurable. Nous l'avons toujours dit, la sécurité a un prix. L'augmentation des effectifs de la police doit devenir une priorité pour le nouveau plan quadriennal qui va nous être présenté sous peu, c'est le seul moyen de remettre durablement des policiers dans la rue, comme dans toutes les grandes villes du monde.

Troisièmement, la circulation routière. L'actualité malheureuse vient le confirmer une nouvelle fois. La police, notamment la gendarmerie, peut faire tous les contrôles du monde, la responsabilité de chacun est engagée. Sur un acte unique, démesuré, inconscient, un usager de la route peut tuer. Les véhicules sont des armes et la route n'est pas un terrain de jeux. Là aussi, la peur du gendarme, par manque de visibilité, a disparu. Par manque d'effectifs et du fait le la pluralité de nos missions et des priorités accordées, il ne nous est plus possible d'assumer cette présence. Cela doit changer. Ce n'est pas en ouvrant de nouveaux postes de police que l'on va y remédier, bien au contraire. La redistribution des missions, la collaboration avec les services connexes, l'augmentation de nos effectifs sur quatre à dix ans, voilà les solutions. Il en va aussi d'un discours très ferme du pouvoir judiciaire pour ce genre de délit. Le Parquet n'a pas le soutien politique attendu en la matière. La séparation des pouvoirs, oui, mais avec une doctrine forte en matière de lutte contre la criminalité.

Quatrièmement, police secours. Il est avéré que la population attend une chose de sa police. Elle veut la voir intervenir quand elle fait appel à elle. Il est faut de croire que l'ouverture 24/24 de postes de police dans tout le canton est un gage de sécurité, car dans 95 % des cas, c'est la police qui va au devant des victimes, des infractions, des délits, des incidents urgents. Il est rare de voir arriver au poste un plaignant qui vient d'être victime d'un acte délictueux. L'urgence est passée et le travail d'investigation lui seul doit commencer. Malheureusement, là aussi, nous n'avons pas une police de riche. Avec des effectifs rabotés et la multiplication des missions et des charges, il devient difficile pour nous de répondre à cette principale priorité d'un service public. Là aussi, une réorganisation des missions, du cahier des charges avec nos partenaires, et une augmentation des effectifs permettront d'y remédier. En aucun cas la fusion avec la Police de Sécurité Internationale, voire les APM, n'apportera de l'eau au moulin,  car le cahier des charges de ces entités viendraient également engorger la gendarmerie.

Ce qui est terrible à travers les quatre éléments que je viens de décrire, qui sont pour moi les principales priorités que nous devons cibler, c'est que je n'ai pas trouvé place pour la prévention, pour l'éducation, pour la police de proximité et l'îlotage, pour des postes de police ouverts partout et accueillants, pour la formation continue, pour les services officiels de représentation, pour les gardes hôpital, pour les conduites de détenus, pour les surveillances de détenus au Palais de Justice, pour le travail d'initiative, pour le recrutement, pour des patrouilles en zone frontière, pour des stages de formation hors canton, pour des détachements envoyés en renforts pour le GMO, et tout ceci sans la présence d'une conférence internationale comme Genève en a tant connue, événement qui engorgerait immédiatement toutes ces tâches. Jamais nous n'abandonneront le terrain, car dans notre métier chaque réquisition est une priorité dans son accomplissement, mais il est temps de se rendre compte que l'on ne peut plus faire toujours plus avec encore moins (ancienne doctrine utilisée pour galvaniser les troupes).

Nous, policiers de terrain, l'avons tous bien compris depuis des années. La solution passe par une augmentation des effectifs, par une redistribution des missions avec nos partenaires, par une doctrine forte et surtout, dans l'urgence et pour sortir de la tempête que nous traversons afin de rétablir l'ordre, une redéfinition des véritables priorités de chacun.  

Jamais je ne laisserai l'impuissance gagner le combat contre la criminalité et la sécurité publique. Il ne suffi plus de faire avec ce que l'on a, il nous faut faire plus et mieux avec tous nos partenaires, tout en remédiant au problème récurrent du manque d'effectifs de la police genevoise. Et ce n'est pas l'arrivée du nouveau code de procédure pénal qui va arranger les choses. Il faudra donc que l'inertie politique s'interrompe, que les personnes qui ont des connaissances métiers s'expriment et que l'on cesse de redessiner la police genevoise telle qu'elle est décrite dans les manuels, ouvrages idylliques mais qui ne fonctionnent que si tous les éléments liés à la réussite du système sont réunis, ce qui n'est plus le cas à Genève.

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Mais tout ceci ne nous regarde pas, nous ne sommes que des employés d'Etat, astreints à un service public, fonctionaires d'autorité, et nous ne sommes là que pour obéir.

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Commentaires

@ Minet :

" Ce qui est certain, c'est que d'abandonner la voie publique à des sociétés privées de sécurité est une erreur politique incommensurable. "

Tout à fait d'accord avec vous, c'est plus qu'une erreur, c'est une faute !

Copier / coller de mon commentaire relatif à l'article de ce jour publié dans notre "Julie préférée" :
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" Aux Pâquis,les agents privés sont au travail "

Lorsqu'on délègue une tâche régalienne comme la sécurité publique aux privés, c'est qu'on est tombé bien bas !

Pire qu'un aveu d'impuissance !

Si l'Etat de Genève n'est pas encore en déliquescence, cette décision en est un signe avant-coureur !

A-t-on analysé les problèmes potentiels d'une telle décision, les bavures toujours possibles ?

Quel est le périmètre de compétence de ces agents ?

Beaucoup de questions et peu de réponses. Par M. Moutinot interposé, c'est le signe que le Conseil d'Etat est aux abois ...

C'est grave !
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A propos du nouveau Code de précédure pénal :

" Et ce n'est pas l'arrivée du nouveau code de procédure pénal qui va arranger les choses. "

Peut-être, mais il faut préciser que tout ceci résulte d'une décision du Conseil fédéral, décision prise par Christoph Blocher alors encore Conseiller fédéral en charge de la justice : la volonté d'harmoniser tous les Codes de procédure pénaux actuellement en vigueur en Suisse, soit un Code de procédure par canton !
L'harmonisation est une bonne chose en soi, sauf que l'on peut regretter (?) une régression pour Genève ? L'avenir le dira ...

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/11/2009

En début d'année mes fils de 4-7 ans ont eu la visite de policiers pour des cours de prévention.
C'était vraiment géniale, ils ont adoré...il ne faut pas que cette prévention auprés des plus jeunes s'arrête.

Écrit par : sarah | 09/11/2009

Bonjour - Je suis tout à fait d'accord avec vos constats et vos propositions. Afin d'aller plus loin dans la réflexion, je me demande toutefois si l'augmentation concomitante des effectifs de police et gendarmerie en proportion de celle des délits n'aboutira pas finalement à une société du type "gendarmes et voleurs" dans laquelle les simples habitants ne seraient plus qu'un élément intermédiaire de moins en moins vivable ? Abonné à la Tribune de Genève, je dois constater que la majorité des délits sont commis par les mêmes personnes (Maghrébins pour les vols et Africains pour les trafics globalement), constamment remises en circulation. Renforcer ou multiplier les règlements et les lois à faire appliquer par les forces de l'ordre n'est encore qu'un "emplâtre sur une jambe de bois" à mon avis. Il faut avoir le courage de se poser la question des limites à poser au nombre de non-Européens par rapport à la population, car ces personnes sont difficilement intégrables et ont plutôt tendance à imposer leur culture. La Tribune de Genève a parlé récemment, dans un éditorial, du "réflexe sécuritaire et autoritaire" qui détruirait les démocraties: faut-il donc ne plus fermer à clé nos voitures et logements, sachant que c'est un réflexe sécuritaire? Cette mentalité d'enfant de quatre ans est inquiétante: c'est ce que j'ai essayé de formuler ce matin dans ma note intitulée: "La Charia remplacera-t-elle l'Inquisition en Europe? " http://helveticus.blog.tdg.ch/ - Bien sincèrement. D. Bloud (électeur à Lancy)

Écrit par : M. Denis Bloud | 09/11/2009

Allo!... Police?... Allo!... Pchchchcht... Oui? Allo!... Minet râle...!!!

Écrit par : Père Siffleur | 09/11/2009

Y'a pas un type qui est monsieur justice dans cette République: M. Zappeli?

Écrit par : Riro | 09/11/2009

Mr Zappelli est le champion du classement des plaintes.
Faites vous attaquer, frapper. Allez déposer plainte pénale, elle sera classée.
Surtout si votre aggresseur n'a jamais été condamné dans le passé.
Cherchez l'erreur...

Écrit par : nozap | 09/11/2009

@ nozap : Zap classe et reclasse surtout quand il s'agit d'une certain trublion de la république qui brigue la présidence de ce département.

Écrit par : neni | 09/11/2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Walter,

à vous lire, je ne vois qu'un seul prétendant qui ait l'envergure de remettre sur pied ce département.

Faites le bon choix,

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 09/11/2009

@ Père Siffleur;
Allez persiffler (philosopher serait un verbe trop noble pour vous) ailleurs vos sornettes! Pourquoi pas à Cuba? Il y fait bon chaud et il y en d'autres des siffleurs comme vous...

Écrit par : Bob | 10/11/2009

Donc nous avons des personnes dévouées et compétentes pour analyser une situation, mais personne, je dis bien personnes pour trouver les solutions au niveau politique et gouvernemental.

A force de vouloir diminuer la voilure de l'Etat... on voit le résultat. On ne peut vouloir à la fois le beurre (la sécurité) et l'argent du beurre (moins d'impôts).

Écrit par : Johann | 10/11/2009

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