21/09/2009

Lettre d'un jeune gendarme genevois qui se sent trahi par l'Etat.

(Un des nombreux courriers reçus par votre serviteur)

 

Cher président,

 

Par ces quelques lignes, je voulais te faire part de mes remerciements, à ton égard, ainsi qu’à l’égard de tous les collègues qui luttent pour notre bien commun. Votre tâche, ardue et qui doit certainement vous prendre un temps considérable et qui souvent, empiète sur votre vie familiale, n’est je l’imagine pas facile à vivre tous les jours. 

 

 Je suis dans ma septième année maintenant et il est très dur pour moi, parfois même frustrant, de constater que nos syndicats doivent se battre aujourd’hui pour conserver nos acquis sociaux. Ils ont été obtenus pour certains, depuis de  nombreuses années. Il est en effet peu réjouissant de se dire qu’au jour d’aujourd’hui, il est encore tout juste possible de lutter afin de conserver ces acquis.  Il paraît clair voir évident, qu’il n’est même plus envisageable ne serait-ce que d’imaginer obtenir de nouvelles améliorations, quelques elles soient.

 

Alors que je m’engageais dans notre belle corporation, l’âge de la retraite était fixé à 52 ans minimum. Un argument d’ailleurs, que notre employeur n’a pas manqué de souligner lorsqu’il faisait miroiter les avantages de la profession.  Fraîchement débarqués dans les postes,  ils nous arrivaient d’en parler avec les plus anciens. On nous expliquait alors, qu’il serait tout bonnement impossible  de modifier cet état de fait sans quoi, nos élus devraient s’attendre à une résistance acharnée.

 

Je constate tristement qu’aujourd’hui, à cause d'une loi fédérale, nous sommes passés de l’impensable  au très probable ! Même si pour l’instant rien n’est encore fait.  Je ne peux m’empêcher de penser que l’on se moque de nous. Nul ne tient compte de l’engagement que nous avons pris, le jour de notre assermentation, auprès de l’État de Genève et de nos concitoyens.

 

Nous sommes toujours restés fidèles à notre engagement. Pour preuve, il me semble que lors des grands événements tels que l’ont été le G8 ou l’Euro 08, la police dans tout son ensemble s’est montrée plus que présente et les collaborateurs ont su faire preuve d’une disponibilité exemplaire sans jamais rechigner.   Mais qui reste fidèle aux choses que l’on nous a promises. Personne ! Nous travaillons avec nos cœurs et nous subissons des attaques de toutes parts sans nous en défendre pour autant. Lorsque l’on ne nous fait pas passer pour des  fous du volant ou des flics à la gâchette facile, nous sommes des voleurs de paye.

 

Voilà, jusqu’à il y a quelques mois de cela, lorsque je prenais mon service, j’avais cette petite flamme qui faisait que j’étais impatient, parfois comme un gamin, de commencer mon travail, de retrouver mes collègues avec qui, j’allais exercer la plus belle des professions. 

 

Aujourd’hui, je suis démoralisé  et me je me sens dupé, comme pas mal de mes collègues. Les nouveaux aspirants qui ont terminé leur formation et qui arrivent dans les postes se retrouvent face à des jeunes, voir très jeunes, déjà dégoûtés par le système qui nous oblige à fournir toujours plus en nous donnant toujours moins. Comment dans de pareils cas, pouvoir garder la tête haute en leur expliquant que tout ira mieux à l’avenir ?

 

J’espère vivement que les jours futurs seront porteurs de meilleures nouvelles. Sans cela, j’ai bien peur que la qualité de travail et la disponibilité de bon nombre de collaborateurs ne s’en trouvent affectées.

 

Je te remercie d’avoir pris de ton temps, pour lire ces quelques lignes. Je réitère encore une fois tous mes vœux de succès au syndicat, dans l’accomplissement de votre mission.

 

Merci, un jeune gendarme révolté.

                                                                                        

 

 

 

 

Commentaires

Cela fait très mal de lire la réalité ! .....

Écrit par : coucou | 21/09/2009

Jeune gendarme, pas tant que cela puisque 7ans de boîte déjà et 7ans de gendarmerie à Genève peuvent vous user plus que 20 ans ailleurs.
Pourquoi s'engage-t'on dans la police?
Parce qu'on a des valeurs et un idéal. Parce que petit on a probablement été confronté à de graves injustices qui nous on fait réagir, qui nous ont choqué. Alors tout au long de notre jeunesse nous avons développé un sens aigu de la justice, de ce qui est bien ou mal, nous voulons défendre les droits des hommes quel qu'ils soient. Nous voulons changer les choses, nous n'accepte pas de voir les gens sans défense prendre des coups gratuitement.
Alors un jour, poussés pas ces valeurs morales nous décidons de franchir le pas et de rentrer à l'école de police. Là nous en bavons, nous en ch..., mais toujours poussés par cette force à laquelle nous croyons, nous mettons notre poing dans la poche nous persévèrons et un jour , ce jour le voilà. La PRESTATION DE SERMENT. La nuit d'avant nous avons mal dormi, excités par ce jour tant attendu, nous revêtons avec respect cet uniforme qui représente tous nos efforts, tout ce en quoi nous croyons proffessionnellement mais aussi nos valeurs morales.
Tous en rang,droits et fiers, réunis dans ce moment unique comme dans l'adversité, nous retenons notre respiration en entendant le discours officiel et là tout à coup c'est à nous de parler, avec un noeud à la gorge, mais haut et fort nous entendons notre propre voix comme dans un rêve, prêter ce serment qui guidera nos pas et nos actions durant les 30 prochaines années. Ce serment nous le faisons avec nos tripes et notre coeur, avec tout ce qui a du sens pour nous. Pour la plus part nous sommes jeunes et nous croyons dans les valeurs de la république, nous pensons que celle-ci nous soutiendra dans notre tâche et qu'elle nous sera reconnaissante.
Mais là doucement c'est la désillusion, nous nous retrouvons confrontés à des anciens qui nous parlent de LA GRANDE MAISON, comme jamais vraiment nous n'en avions entendu parlé, nous pensons qu'ils sont bien blasés, mais au fil du temps ces propos se révèlent justifiés. Nous réalisons que la tâche est ardue, que nous ne sommes pas assez nombreux, que nous doublons les nuits et que cela semble normal pour tout le monde. Nous qui voulions sauver la veuve et l'orphelin, nous nous trouvons confrontés à une population qui nous juge, qui nous cloue au piloris à la moindre ligne écrite dans la presse. Il arrive que nos collègues se fassent bléser devant nous, nous voyons des choses indescriptibles.... que nous ne pourrons jamais oublier. Nos amis et notre entourage, qui nous avaient encouragés et soutenus jusqu'ici, semblent las de nos reprises, de nos désistements et nos absences. Nos illusions se brisent sur les rochers abruptes de la profession.
Nous nous demandons " Est ce vraiment cela être Policier ? Non cela ne peut-être possible ! " Alors pour les plus courageux, pour ceux qui ne sont pas encore tombés dans la désillusion, le combat commence, on se croit investi d'une mission, changer les choses encore et encore, on redouble de coeur, de professionnalisme de bravoure d'énergie, nous voulons redonner foi à nos collègues.
ET BOUM un jour cela éclate à nos yeux. Nous arrêtons les gens mais ils ressortent quelques heures plus tard. Un chauffard ivre qui a tué un gosse, ne prend que quelques mois avec sursit. Une dame âgée que nous croisions souvent le matin vers 10h, nous la trouvons, morte depuis plusieurs jours.........
Là notre engagement prend tout son sens, sans notre loyauté et nos tripes qui nous poussent à nous dire que cela fait partie de notre devoir FORCE ET HONNEUR, là nous aurions abandonné.
Vers qui nous tourner ? Le policier ne doit il pas être fort et rien ne doit le toucher? Alors on va boire un verre avec les collègues, on parle et on essaye d'oublier. On rentre chez soit, ce lieu qui nous paraissait si paisible semble sortir de la réalité, de notre réalité, celle que nous vivons chaque jour et qui nous hante, mais celle aussi que très peu de gens peuvent comprendre. Alors on construit un mûr autour de nous de notre coeur et de nos sentiment. Mais voilà un jour on perd la clé de la porte qui ouvre ce mûr et de PROTECTION il devient PRISON. Endormi, insensible il semblerait que rien ne nous touche, rien de mal, mais aussi rien d'heureux. Bon nombre d'entre nous perdent leur conjoint, leur famille, leurs amis. La police est devenue notre univers avec tout ce que cela implique...
Sans aller jusque là mais tout au long de ce parcours nous avons perdu nos illusions, notre raison de croire dans la police, d'être policier. Dans de telles circonstances, c'est celle que nous servons, LA REPUBLIQUE, ceux que nous défendons LES CITOYENS, notre employeur L'ETAT, qui devraient nous redonner courage et nous guider pour marcher vers l'avant. Il y a très longtemps, dans une autre ville, une autre police, une autre Genève, cela avait été le cas. Aujourd'hui cette République nous déçoit , les citoyens, nous ne savons pas très bien s'ils nous apprécient ou non, et notre employeur nous TRAHIS.
OUI TRAHIR est un mot très fort, mais le coup de couteau que nous recevons dans le dos nous blesse, nous heurte dans nos valeurs, notre fois en la justice. L'état, notre employeur, se permet de faire des choix et des choses que la loi interdirait à d'autres employeurs.
Nous protégeons les autres mais qui nous protège ? Nous défendons la loi, la justice, les citoyens mais qui nous défend ?
Le coeur et les tripes d'un policier ne demandent pas la lune, mais le respect, la reconnaissance, la loyauté le soutien de sa hiérarchie dans sa fonction. Le respect d'une parole donnée.

IL FAUDRAIT UN COEUR DE POLICIER A NOS POLITICENS POUR COMPRENDRE CELA.

Écrit par : feline | 21/09/2009

Moi j'ai 25 ans de service et je n'ai rien à rajouter au commentaire de Féline, qui est tellement dans le juste! J'ai 45 ans et je me suis engagé dans la police à l'âge de 16 ans. Le premier jour au garde-à-vous à la piscine de Carouge, en caleçon de bains, regardant la brume au-dessus de l'eau, obéissant au doigt et à l'oeil, restera pour toujours gravé dans ma mémoire. Une adolescence cassée par un système militarisé. Par choix certes, ces jeunes de 16 ans ne vivaient pas la même adolescence nécessaire que le commun des mortels. Toute une vie donnée à la République ... pour rien!!!
Merci Messieurs nos Policitiens. Vraiment, merci.

Écrit par : merlin | 25/09/2009

Je lance un pavé dans la mare, mais le problème ne se pose-t-il pas de la même manière à tous lorsqu'on relève l'âge de la retraite au niveau fédéral?

Écrit par : Audrey | 25/09/2009

@feline - Votre texte est vraiment intéressant à lire d'autant plus lorsqu'on est un tantinet auteur, toutefois, trop souvent et je ne sais pas à quoi cela tient, la police imagine trop souvent que "la veuve et l'orphelin" sont attaqués par des étrangers, des migrants, des gens de couleurs. Pourquoi les policiers ont-ils tant peur des autres, de ce qui sort de l'"uniforme", pourquoi dans le fond les policiers sont-ils si racistes et si aptes comme on le voit ailleurs à s'engager dans des mouvements extrémistes ou du moins à les soutenir ouvertement ?

Écrit par : duda | 25/09/2009

Démission et reconversion ! Tu pourras voire le vrai monde petit scarabée ... celui ou travailler est VRAIMENT dur ... celui ou tu travailles jusqu'à 67 ans ...

Écrit par : Djinius | 25/09/2009

"Le coeur et les tripes d'un policier ne demandent pas la lune, mais le respect, la reconnaissance, la loyauté le soutien de sa hiérarchie dans sa fonction. Le respect d'une parole donnée."

Parce que vous pensez que dans le privé c'est le cas ??
On bosse autant que vous, aussi dur, et on a fini par la fermer depuis longtemps, y a pas d'issue ici, c'est tais-toi et bosse.

Écrit par : Louise | 25/09/2009

A ceux qui croyent qu'ils "bossent" plus dur que les policiers, je dis que les policiers ont travaillé dans le privé, avant de s'engager dans le rang...les privés, eux, n'ont pas de réelle comparaison à faire et portent un jugement sur ce qu'ils ne connaissent pas....personnellement, j'ai exercé trois profession avant de m'engager....ma femme regrette mon dernier choix....
I
@Audrey : Au niveau fédéral, tout travailleur effectuant du travail de nuit sous certaines conditions (dont font partie les policiers), ont le droit à une compensation horaire de 4h par nuit : c'est la LOI pour protéger l'HUMAIN ! A la police, le projet de loi actuel veut supprimer ces 4h (OS Spoerri par analogie)... ...sous prétexte que la police n'est pas soumise à la Loi....ou comment votre employeur prends soin de votre santé.....
I
...et pour conclure, si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser lorsque vous croiserez un policier, il vous répondera bien volontier je pense !

Écrit par : Un policier | 26/09/2009

Les commentaires sont fermés.