29/03/2009

Un regard différent de M. MABUT sur le métier de Policier

 Bravo M. MABUT, vous avez raison, sur votre blog, de prendre du recul afin d'aborder notre profession avec un regard différent, humain, proche des réalités de notre travail et des parcours de vie de nos citoyens.  La mort est la fin d’un chemin, et comme sur nos routes, il s'y trouve souvent un policier au bout.

 

mort.jpgDurant les années où j'ai travaillé en poste de quartier, j'ai souvent été confronté à ce que vous décrivez. La mort d'un être humain est à chaque fois une petite histoire, un  chemin de vie que l'on doit reconstituer rapidement lors de nos interventions. Ainsi nous pénétrons,  sans l’avoir souhaité, dans l'intimité du défunt et de ses dernières heures de vie.

 

Fin juin, une habitante du quartier  n'a plus de nouvelle de sa voisine depuis trois semaines. Elle se fait du souci et appelle les gendarmes.  A notre arrivée derrière la porte de ce petit trois pièces des Eaux-Vives, nous reconnaissons immédiatement cette odeur  distincte qui nous informe  que la mort rôde.  A l'ouverture de l'appartement par le serrurier sollicité, cette odeur nous attaque de face, exportée vers l'extérieur par le courant d'air provoqué. C'est certain, nous allons être confrontés à la grande faucheuse. C'est là que notre cœur s'accélère alors que notre souffle se coupe, car nous pénétrons dans le logis, ne sachant pas qui nous allons trouver, dans quelle position, dans quelle situation, ni dans quel état. De plus, sachant qu'un corps se trouve en ce lieu, le policier se doit aussi de protéger des traces, car l'origine du décès reste une énigme jusqu'aux premières investigations. Ouvrir la porte d'une salle de bain, et tirer un rideau de douche en craignant de trouver la personne sans vie dans sa baignoire, couchée, pendue, noyée, ou en sang est un instant redoutable. Et si le corps n'est pas là, il nous faudra alors répéter cette démarche dans chaque pièce. Au fond de soi, on souhaite découvrir la vieille dame couchée dans son lit, afin de deviner une mort paisible, mais c'est rarement le cas. Touts les recoins de l'appartement ont été visités, reste la porte de la cuisine, qui est fermée. Plus de doute, la défunte se trouve derrière celle-ci. Il nous faut alors poser la main sur la poignée et doucement, avec respect,  actionner le mécanisme d'ouverture pour pénétrer dans ce lieu glacial, alors que nous sommes en été. L'eau du robinet coule, la radio diffuse une légère musique. Sur la table un repas pas terminé en décomposition et sur la chaise, la locataire, assise, la tête en arrière, le corps affaissé dans ce siège. Ses bas se sont déchirés sous les effets  de la putréfaction, ses jambes ayant doublé de volume. Sa petite robe bleue est propre mais pourtant on dirait un vêtement souillé. La moitié du visage n'est plus qu'un squelette alors que sur le reste les lambeaux de chair se détachent. Et puis, il y a ces mouches qui nous tournent autour, comme si nous étions leurs nouvelles proies. Nous les chassons de la main, ouvrons rapidement la fenêtre pour aérer les lieux. Mon collègue sort, de peur de vomir. Là il faut devenir très froid, oublier que cette dame est morte il y a trois semaines, en mangeant un morceau de fromage tout en attendant probablement que l'eau de son vétuste robinet devienne plus fraiche pour s'en servir un verre. Elle ne boira jamais ces dernières gouttes. Rapidement l'on comprend que la nature a probablement repris ses droits sans prévenir, mais que la solitude accompagnait aussi ce départ. Reste à mettre en route la machine administrative, trouver de la famille, faire venir les pompes, le Commissaire, trouver une pièce d'identité en fouillant un ou deux tiroirs. C'est là que l'on devine le parcours de vie de cette dame âgée. Des photos de sa jeunesse en noir et blanc, des vieux livres soigneusement rangés, un livret d’épargne échu, le portrait d'un chien qui a du être son compagnon de vie durant quelques années. Mais sinon, pas d'image de famille, quelques souvenirs de petits voyages effectués à Paris et Rome en car ou en train, une ordonnance avec l'adresse d'un médecin à côté de boîtes de divers médicaments. Cette femme est morte, seule, malade, avec ses souvenirs et en écoutant probablement une émission radio qui lui donnait l'impression d'avoir un hôte à la maison. Le corps a été levé, nous refermons la porte de ce logement dans lequel, durant trois heures, j'ai partagé la vie d'une femme que je ne connaissais pas, mais qui me semble plus proche maintenant, à travers le dessin de sa mort.

 

Le soir, il nous faut rentrer avec ça. Un drame de la solitude et le visage d’un mort. Ce sont des choses que l’on ne raconte pas à sa femme et ses enfants, car ils doivent pouvoir trouver le sommeil après. Mais nous, on  tente d'oublier cette journée en s'endormant, tout en sachant que ces réalités là existent, car demain, nous devrons y retourner, car c'est aussi ça mon métier.

 

Walter SCHLECHTEN - Gendarme à Genève - Voleur de paie !

27/03/2009

Courriel ouvert à M. WEISS

Suite à la lecture du texte déposé sur votre blog, qui dénigre les policiers, tout en effectuant des comparaisons inéquitables avec d'autres métiers, je vous adresse la réponse suivante cher Monsieur.

Dans un salaire, M. WEISS, il n'y a pas que les études effectuées par l'engagé qui comptent, mais aussi son vécu dans le milieu professionnel dont il vient et ses qualités humaines. Il y a aussi divers considérants qui rentent en ligne de compte selon l'OPE, la pénibilité du métier, la dangerosité de la profession, les responsabilité humaine, les astreintes et les contraintes du métier, l'engagement moral 24 h. sur 24 h. du collaborateur dans sa fonction. De plus, nous ne dépendons pas de la Ltr, qui défend les droits des citoyens, dont le travail de nuit. Tout ceci a un prix.

Et pour les horaires des policiers, vous venez de me prouver que vous n'avez pas lu le corps du rapport de la Cour des Comptes, ce qui est scandaleux avec votre position à la Commission des Finances. On peut y lire que le temps de travaille  des policiers est de 32.5 heure. Ce fait estcréé par l'OS Spoerri, qui remplace les mesures préconisées par la Ltr pour le travail de nuit à plus de 25 reprises, mais il ne concerne que 440 gendarme sur 762, ainsi que quelques agents de la PSI, mais pas les 1278 policiers du canton. Nous travaillons donc aussi 40 heures (2080 heures année). En vous exprimant ainsi, vous trompez les lecteurs et la population.

Dollards1.jpgSuite à mon intervention, la Cour des Compte a reconnu auprès de votre serviteur que son rapport de synthèse n'était pas assez détailé, pas assez précis, tout en indiquant que les "précisions" se trouvent dans le corps du rapport. Malheureusement, le mal est fait et les erreurs diffusées, car le rapport de synthèse a été repris par la presse, pas le contenu de l'analyse.

Enfin, pour quelles raisons le Rapport Annoni et les commentaires des audités de la Cour sont restés bloqués au DI, sachant que les Magistrats de la Cour des Comptes n'ont pas eu accès à ces documents qu'ils attendaient. Il y a une bonne raison, c'est que ce rapport est politiquement dirigé contre les policiers. Les syndicats ont raison de dénoncer ces manquements. Nous allons nous faire entendre dans les prochaines semaines, car ce que recherchent avant tout les policiers, au quotidien, c'est la vérité.

On peut vouloir démontrer le coût total d'un policier, mais il faut le faire dans le respect de l'employé et de cette profession, avec exactitude.

Apportez nous les réponses à ces deux remarques, et après nous vous accorderons une certaine crédibilité.

Walter SCHLECHTEN - Président de l'UPCP

 

24/03/2009

Rapport de la Cour de Comptes.

Enfin, le rapport de la Cour des Comptes est tombé. Mais hélas, c’est avec une grande désillusion que j’ai pris connaissance de ce document.

 

 

Si ce rapport avait été fait avec le recul nécessaire et une analyse sectorielle des trois corps de police, comme l’a fait M. Annoni, nous aurions eu un résultat très intéressant, démontrant et prouvant les erreurs du passé, exigeant des Règlements d’application nécessaire pour les éléments vérifiés et acceptés, dénonçant une éventuelle irrégularité, proposant des solutions d’avenir, avec un argumentaire de qualité. Mais rien de tout cela ne figure dans ces septante pages.

 

En effet, je m’attendais à trouver une analyse aussi complète et rigoureuse que celle constatée dans le Rapport Annoni, mais je n’y ai vu que des projections, des moyennes de base, des évaluations, des simplifications grossières, des analyses simplistes et généralistes. Rien de bien pointu, comme espéré. Bien au contraire, on peut y relever bien des erreurs, surtout dans le rapport de synthèse, trop simpliste et surtout pas assez précis dans sa présentation. Il tronque l'analyse du lecteur.

 De ce fait, je ne peux accorder une grande crédibilité au travail effectué et en ce rapport.

 

Il fanfaronne, il rouspète, il ramène sa fraise le Minet. Que Nenni, la preuve !

 

Quand en page 4, je lis que les horaires de service sont peu transparents, c’est faux. Il y a les ordres de service qui les réglementent et il y a le COPP qui les applique.  

 

Quand en page 5, je lis que le fait de reprendre des heures réduit le temps de travail, c’est un faux raisonnement, car les heures reprises sont travaillées en amont, et de plus déduites du compte « heures supp » du collaborateur.

 

Quand je lis en dessous que les heures supplémentaires donnent lieu à une double majoration, en heure et en argent, c’est un mesonge. Ces 6 dernières années, seules les heures supplémentaires effectuées dans le cadre d’événements jugés extraordinaires, soit à deux reprises, le G8 et l’Euro08, ont été assujetties à ce traitement, avec l’accord du Conseil d’État. Il fallait décrire ses heures exceptionnelles avant des les fustiger.

 

Sinon, pour tout collaborateur qui demande à se faire payer des heures supplémentaires, après accord du DI, elles lui seront payées à 100 %, sans aucune majoration, et ceci depuis des années comme tout le reste du personnel de l'Etat. 

 

Quand en dessous, je lis que le système de compensation horaire de la police est plus favorable que le système étatique en place, et que je relève que pour prouver ce fait l’exemple pris est le le taux maximum appliqué, pour un jour précis, et qui opérationnellement n’est jamais utilisé en dessous de 4 heures de travail, c’est juste laisser croire que l’on peut bénéficier d’un système qui n’est jamais pratiqué dans cette circonstance, et c’est faire preuve de manque de correction dans la présentation. Il y a toutes les soirées où les policiers travaillent en heures supplémentaires, sans aucune majoration temps. Les auditeurs les ont oubliées celles-ci.   

 

Quand je lis, à cause d’un calcul inexacte et généraliste, alors que seul 60 % des gendarmes sont concernés par ce système, que l’agent travaille 35.28 heures par semaine, c’est un mensonge grossier, car ce chiffre est tronqué vers le bas, du fait que 40 % des gendarmes travaillent eux 40 heures par semaine.

 

Enfin, quand en page 66 je trouve des tableaux de synthèse qui contiennent des erreurs monstrueuses, je me dis que ce rapport a été bâclé, car là c’est trop gros pour être sérieux.

 

On peut y lire, sous la rubrique traitement de base (chiffre médian) que le gendarme gagne CHF 95'088.-, et un inspecteur CHF 89'228 par an. Je ne peux que rire dans ma barbe, mais aussi m’offusquer. Il suffit de regarder l’échelle des traitements pour voir qu’un inspecteur, sur l’ensemble de sa carrière, et depuis des années, est une classe au-dessus du gendarme, donc avec un salaire annuel plus élevé. Un rapport fait avec sérieux, vous plaisantez j’espère¨, avec de telles absurdités, et il y en a d’autres. Avoir utiliser un mode de calcul qui n'est pas le reflet de l'ensemble d'une carrière, c'est une analyse factuelle bien trop fermée pour avoir une idée précise. C'est présenter une situation présente qui ne sera déjà plus la même demain.

 

La Cour des Compte doit revoir sa copie, car elle est mauvaise. Elle doit prendre exemple sur le travail effectué par M. Annoni, et apporter des explications très claires sur l'analyse effectuée, en nombre, en qualité, en chiffre, en personnels concernés.

 

M. Annoni avait très bien compris le fonctionnement de la police et cela lui a permis de fournir un travail de qualité, qui a été salué par tous. À Genève, il y a 1278 policiers, mais il y a trois entités. Il y a dans ces entités divers services et de nombreux horaires. Les indemnités ne sont pas les mêmes pour tous, le nombre d’heures supplémentaires et la qualité de celles-ci non plus, les missions et les conditions de reprise en congé, ou en travail de nuit également sont différents. De prendre le tout et de faire des généralités, des moyennes de base et des évaluations globales, c’est juste ouvrir la porte à une approximation qui dans ce cas se chiffre avec un différentiel de plusieurs dizaines de milliers de francs par entités, voire par agent.

 

Sinon sur le fond, oui un policier coûte cher à l’État, pas son salaire mais les avantages différés et le fonctionnement de son statut spécial.

 

Mais la vraie question n’est-elle pas de savoir si le policier, à travers ses prestations, devrait plus rapporter à son employeur ?

 

Je ne vous parle pas d’une augmentation du nombre d’amendes, non, mais d’une facturation des prestations sécuritaires fournies, lors d’événements de masse, sportifs, musicaux, internationaux, humanitaires, voire pour les encadrements des manifestations de rue.

 

Combien auraient payé l’UEFA pour l’Euro08, la Confédération pour telle conférence, Télécom pour sa sécurité, la France pour jouir de nos structures policières au G8, combien auraient payé le WEF pour les gendarmes genevois envoyés à Davos, le GSHC et le club visiteur pour la sécurité d’un match, l’ASF pour une grande rencontre ?

 

Je vous pose la question … même si je sais que nos élus ne veulent pas se poser celle-ci, pour diverses raisons d’État.

10/03/2009

Alerte-Enlèvement, une urgence nationale.

Lucie, une très belle chanson de Pascal Obispo, un prénom qui vient du latin Lucia, étymologiquement que l'on peut rattacher à Lux, Lumière.

Lucie, c'est aussi le prénom de baptême d'une jeune fille dont le visage radieux a illuminé la presse helvétique ces derniers jours, mais dont le décès horrible vient d'apporter une sombre page supplémentaire au sujet de la sauvagerie humaine.

Sonia, Ana, Marie, Juliette, Marguerite, Patricia, Sarah, Nathalie, Monica, Corine, Barbara, Françoise, Sofia, Annie, Katy, Lucie et tant d'autres jeunes femmes annoncées disparues et parfois retrouvées dans d'horribles circonstances.  Ces faits divers, car c'est encore ainsi que l'on appelle ces événements, choquent toujours la population, citoyens envahis par un tsunami de révolte qui inonde nos sentiments les plus sincères.

Depuis de nombreuses années l'alerte AMBER est en place au Canada et aux USA, en cas de disparition avérée par les forces de l’ordre d’un enfant de 17 ans ou moins, laissant ainsi supposer que la jeune personne est en danger. Elle permet des recherches rapides avec une diffusion nationale, à la radio, à la télévision, sur les panneaux autoroutiers et par des courriels et des sms qui sont envoyés gratuitement à ceux qui ont souscrit.

En France, un système identique a été mis en place en février 2006, sous l’appellation de dispositif Alerte-Enlèvement.

Ces avis de disparition rapidement mis en place sont une nécessité dans la société dans laquelle nous évoluons.

En Suisse, si la volonté existe pour mettre en place un système idoine, se sont malheureusement les procédures pour légiférer qui sont trop longues, trop compliquées, trop étatisées, avec des responsabilités reportées sur les Cantons, alors que la solution est confédérale.

Aujourd’hui c’est Lucie qui nous dit que l’on ne peut plus se permettre d’attendre et qu’il nous faut une application rapide d’un dispositif Alerte-Enlèvement sur le plan national en Suisse.

Devront nous attendre que nos élus politiques aient fini de réfléchir comment instaurer ce gage nécessaire de sécurité et de protection pour nos enfants ?

La réponse est non car l’urgence de ce débat se doit d’être portée au premier plan dans nos préoccupations citoyennes dans les futurs débats parlementaires.